

Constantine
« J’ai appris à ne plus remettre ma peau en jeu »
À 25 ans à peine, Constantine a déjà parcouru un long chemin. Après sa première crise de psoriasis pendant son adolescence, cette jeune logopède a appris au fil des années à composer avec l’impact de sa maladie. Son expérience, elle la raconte dans une bande dessinée aussi originale que personnelle, qui lui a permis d’exprimer l’impact de son anxiété sur le psoriasis, mais aussi sa volonté de regarder devant avec confiance.
Il était une fois une petite fille douée. Enfant unique, elle voulait tout faire à la perfection. « Seulement voilà, quand j’avais treize ans, une toute petite tache est apparue sur mon torse. Au début, j’ai pensé que c’était juste un bouton. » Mais il ne partait pas et sa mère, qui souffre également de psoriasis, a su très vite de quoi il s’agissait. « À ce moment-là, nous ne nous sommes pas trop inquiétés, cela restait discret et ne me dérangeait pas trop. »
Dessiner pour s’exprimer
Mais à l’âge de 16 ans, tout bascule. À cette époque, Constantine traverse une période difficile : elle ne se sent pas épanouie dans son école et doit faire face à son premier grand deuil. « Du coup, du jour au lendemain, mes taches ont explosé. J’en avais partout, sur les jambes, sur le torse, sur les bras. Bien sûr, j’arrivais à les dissimuler au quotidien, mais les cours de sport étaient un calvaire. Vous savez bien qu’à cet âge-là, tout le monde se toise et se compare sans arrêt. » Pour faire face aux regards des autres, Constantine se met à imaginer une bande dessinée sur sa maladie. « J’avais toujours aimé le dessin et j’en avais assez de devoir toujours expliquer ce que j’avais. Donc j’ai couché mon histoire sur papier en croquis, sans toutefois trouver la fin. » En même temps, la jeune fille commence une première photothérapie, un traitement qu’elle vit comme très contraignant. Elle se tourne alors vers des solutions plus alternatives, comme les bains de sel, qui soulagent quelque peu les symptômes, sans réellement résoudre le problème.
C’est à son entrée à l’université que son psoriasis s’atténue. « J’aimais bien mes études de logopédie, ainsi que ma vie d’étudiante et avec les colocataires de mon kot à projet, je me suis découvert une passion pour le théâtre d’improvisation. » Mais le psoriasis n’a pas dit son dernier mot. À la fin de ses études, une relation difficile puis les premiers stages professionnels réveillent une anxiété qu’elle croyait pourtant maîtrisée. Les symptômes réapparaissent avec une violence inédite. « Je pense que j’étais couverte à 70 ou 80 %. » L’attente du rendez-vous chez le dermatologue dure plusieurs mois et le plus difficile n’est pas seulement le regard des autres, mais aussi le sien. « Se regarder dans le miroir chaque matin et voir que les plaques restaient là, c’était très dur. » Elle se reproche même parfois de ne pas avoir su gérer ses émotions et entame un travail de fond sur son mental.
Une question d’équilibre
Peu à peu, Constantine comprend que son psoriasis est étroitement lié à son anxiété. Lorsque la pression d’un nouveau stage menace à son tour son équilibre, elle prend une décision difficile : y mettre un terme avant qu’une nouvelle crise ne survienne. « Je savais que sinon, j’allais payer. » Cette décision lui coûte une année d’études supplémentaire, mais elle ne l’a jamais regrettée. « Je me suis dit que ça ne valait pas la peine de remettre ma peau en jeu. »
Cette prise de conscience marque un tournant. Depuis lors, elle accorde beaucoup d’attention à son bien-être. Elle a entrepris un suivi psychologique, appris à mieux identifier les situations qui la fragilisent et trouvé des outils pour apaiser son anxiété. Aujourd’hui, elle estime qu’il est essentiel que chacun identifie ce qui lui permet de relâcher la pression. Son propre équilibre, elle le nourrit également grâce à ses passions. « Avec mon dermatologue, j’avais parlé de la BD que j’avais commencée quand j’étais adolescente. Il m’a incitée à la reprendre en main et de la terminer. Quand j’ai commencé à la relire, je me suis rendu compte qu’elle ne me correspondait plus : j’ai donc décidé de tout refaire, dans un autre style plus graphique et tout en couleurs. Elle est sortie depuis peu avec le soutien de Psoriasis-Contact, une association pour patients atteints de psoriasis. »
Au-delà, la jeune femme qui enseigne aujourd’hui dans une école primaire, s’investit beaucoup dans son travail auprès des enfants. « J’ai envie de prendre soin de moi et en même temps, j’accepte le fait que mes taches puissent revenir. J’ai appris à me regarder dans le miroir en me disant que mes taches, si j’en ai, me rendent différente, mais que c’est moi. Aujourd’hui, je suis plutôt heureuse. Et avec la BD, j’ai essayé de partager cette expérience dans laquelle les autres patients pourront se reconnaître. Quand j’avais 16 ans, j’avais l’impression que le psoriasis ne touchait que des personnes beaucoup plus âgées, ce qui est faux, évidemment. »
Pour l’avenir, Constantine veut continuer à s’épanouir, conserver un métier qui la passionne, poursuivre ses projets créatifs et garder du temps pour dessiner, et peut-être fonder une famille un jour, tout en écoutant son corps, même quand il se montre « bavard ».
« Psoria… Quoi ? » de Constantine De Vriendt
« Psoria… Quoi ? » de Constantine De Vriendt est une bande dessinée autobiographique qui raconte avec sensibilité le parcours d’une adolescente confrontée au psoriasis. L’ouvrage a été publié avec le soutien de Psoriasis-Contact.
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