

Professeur Dr Speeckaert
« Il existe plusieurs traitements afin que les patients puissent mener une vie normale »
Le psoriasis est une maladie chronique qui perturbe le système immunitaire. Explications par le professeur et docteur Reinhart Speeckaert, dermatologue au service de consultation spécifiquement dédié au psoriasis de l’UZ Gent.
Environ 2 à 3% de la population belge est touchée par le psoriasis.1 Pourriez-vous expliquer de quoi il s’agit ?
En termes simples, le psoriasis se caractérise par une hyperactivité du système immunitaire qui déclenche des réactions inflammatoires dans l’organisme. Cette hyperactivité se traduit notamment par une division et un renouvellement nettement plus rapides des cellules cutanées. La durée normale de ce cycle est d’environ 28 à 40 jours, mais avec le psoriasis, elle n’est que de trois à sept jours. Les cellules cutanées sont donc en excès, ce qui entraîne un épaississement et une desquamation de la peau. Celle-ci devient rouge et des plaques apparaissent, pouvant s’accompagner de démangeaisons plus ou moins fortes. Ces plaques peuvent se manifester sur tout le corps : le plus souvent sur la face externe des coudes et des genoux, mais aussi dans le bas du dos et sur le tronc. Le cuir chevelu et les ongles, ainsi que la paume des mains et la plante des pieds peuvent également être atteints, tout comme la zone pubienne.
De nombreuses idées fausses circulent concernant l’origine du psoriasis. Comment se développe-t-il ?
Le psoriasis fait partie des maladies plus courantes et n’est pas contagieux. Il résulte d’une combinaison de facteurs, notamment génétique. On sait que le risque de développer un psoriasis est plus élevé chez les personnes dont des membres de la famille en sont atteints. L’apparition de la maladie peut être due à divers facteurs déclenchants, allant du stress à certaines infections. Une forme particulière d’angine peut ainsi provoquer une première poussée des symptômes. Il en va de même pour certains médicaments, mais des lésions cutanées peuvent également provoquer le développement du psoriasis. C’est ce qu’on appelle le phénomène de Koebner. Le psoriasis peut par exemple apparaître à l’endroit d’un tatouage. Par ailleurs, on sait que le surpoids, le tabagisme et l’alcool peuvent jouer un rôle dans les poussées, car ils favorisent les processus inflammatoires.
Ces réactions inflammatoires chroniques ne se limitent pas toujours à la peau, ce qui explique que le psoriasis soit associé à plusieurs autres maladies.
C’est exact. Outre l’obésité, le psoriasis peut aller de pair avec d’autres troubles du métabolisme, comme le diabète. D’autres problèmes connexes touchent les vaisseaux sanguins. Les réactions inflammatoires peuvent en effet accélérer l’obstruction des vaisseaux sanguins et des artères, ce qui augmente le risque de maladies cardiovasculaires. Par ailleurs, le psoriasis est associé à d’autres maladies immunitaires telles que l’arthrite psoriasique et des maladies intestinales comme la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse.
Du fait de cette complexité, un diagnostic approfondi et un traitement global multidisciplinaire comme ceux que vous proposez ici à l’UZ Gent sont indispensables. Y a-t-il une approche standard ? Comment choisissez-vous tel ou tel traitement ?
Nous proposons en effet une consultation spécifique au psoriasis. Différents spécialistes comme des dermatologues, rhumatologues et gastroentérologues se réunissent régulièrement afin de se concerter. Il existe plusieurs moyens de maîtriser les symptômes du psoriasis afin que les patients puissent mener une vie normale. On peut les classer en différentes catégories. La première regroupe les traitements locaux des plaques à l’aide de crèmes et de pommades à base de cortisone. Lorsque les plaques sont peu étendues, c’est une option très efficace. Si les lésions sont plus graves, nous disposons d’autres traitements qui sont prescrits selon un protocole bien défini. Première option : la photothérapie. Celle-ci fait appel à des rayons UVB soigneusement dosés, sous contrôle du dermatologue. Ce traitement présente nettement moins de risques que l’exposition au soleil ou au banc solaire. Autres options thérapeutiques : le méthotrexate et la cyclosporine, des médicaments sous forme de comprimés qui inhibent assez largement le système immunitaire. Si ces trois étapes ne sont pas efficaces ou s’avèrent insuffisantes, nous pouvons, en fonction du parcours thérapeutique suivi, de la gravité de la maladie et de la présence d’éventuelles maladies connexes comme l’arthrite psoriasique, passer à des traitements systémiques ciblés.
En quoi consistent exactement les thérapies systémiques ?
La thérapie systémique ne traite pas les symptômes de manière superficielle, mais agit sur le système immunitaire en l’inhibant où c’est nécessaire, sans pour autant le désactiver complètement. Différents types existent et, à mesure que la recherche scientifique progresse, nous savons de plus en plus précisément ce que nous pouvons inhiber sans provoquer d’effets secondaires. Notre arsenal s’enrichit sans cesse. Pour déterminer le traitement à prescrire, nous partons toujours de la situation individuelle du patient. Nous tenons compte d’éventuelles autres pathologies, comme l’arthrite psoriasique, ainsi que des interactions possibles avec d’autres médicaments. Nous nous intéressons également à la faisabilité pratique et aux attentes du patient, celles-ci pouvant varier considérablement d’une personne à l’autre. Cette analyse minutieuse est une condition sine qua non pour s’assurer que le patient continue à suivre le traitement prescrit. Cette consultation spécifique nous permet d’offrir un accompagnement et un suivi optimaux à nos patients, notamment grâce à nos infirmiers spécialisés qui les aident à mettre en place et à suivre leur traitement.
Quels conseils donneriez-vous aux personnes confrontées au psoriasis ?
Soyez attentif et n’attendez pas pour consulter un médecin, car plus le traitement est précoce, mieux c’est. On ne peut pas guérir le psoriasis, mais en général, on arrive à très bien le contrôler. Les patients ne savent pas toujours que plusieurs options sont disponibles et ont parfois des préjugés au sujet de certains traitements qui pourtant seraient le plus indiqués. D’autre part, il est essentiel d’adopter un mode de vie sain : manger équilibré, faire régulièrement de l’exercice, éviter le stress et rechercher un équilibre mental. Peut-être est-il également utile de savoir que les patients peuvent se mettre en contact avec Psoriasis-Contact2, l’association qui regroupe les personnes concernées par le psoriasis en Belgique francophone.
Un dernier mot ?
Le traitement du psoriasis a considérablement évolué ces dernières années. Aujourd’hui, nous pouvons aider de nombreuses personnes à se débarrasser complètement de leurs symptômes, à condition qu’elles se fassent suivre, qu’elles respectent leur traitement et qu’elles suivent le parcours thérapeutique proposé. Grâce aux médicaments modernes, le risque d’effets secondaires a aussi fortement diminué. Nous menons actuellement des recherches où l’on suit certains marqueurs inflammatoires dans le sang afin de déterminer qui réagira le mieux à tel ou tel traitement. Si nous parvenons à mettre ces tests au point, ce sera la prochaine grande avancée. Le psoriasis a toujours joué un rôle de pionnier en matière de recherche et cela ne change pas.
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