Dr Failla

Docteure Valérie Failla
Docteure Valérie Failla

Dr Failla

« L’enfant joue un rôle principal dans son propre traitement »

» Même si le psoriasis touche plutôt les adultes, il existe également une forme pédiatrique qui peut apparaître dès le plus jeune âge. Bien l’identifier et le prendre en charge le plus tôt possible permet d’en limiter l’impact au quotidien et pour l’avenir. La docteure Valérie Failla, dermatologue à la Clinique André Renard à Herstal, résume les principaux aspects.

Quand il est question de psoriasis, on n’imagine pas qu’il s’agit d’une maladie qui peut toucher aussi les enfants. Pourtant, vous en avez, et parfois de très jeunes, dans votre patientèle?

Tout à fait. Le psoriasis pédiatrique est relativement peu fréquent, sans être toutefois exceptionnel. Il représente près de 5% des maladies dermatologiques chez l’enfant.

En même temps, on sait qu’environ 30% des psoriasis de l’adulte débutent avant l’âge de 16 ans, dont une partie dès la petite enfance. Plusieurs formes peuvent se déclarer chez l’enfant et il convient de bien les distinguer, puisqu’elles n’impliquent ni la même évolution ni le même traitement.1

Dans quel sens ?

Dès l’âge de 3 à 4 mois, on peut observer chez le nourrisson un psoriasis particulier appelé psoriasis des langes. Il se manifeste par des plaques rouges, souvent peu squameuses et, de par son aspect, il peut facilement être confondu avec une irritation classique liée au contact des langes, la dermite des fesses comme on dit. La même remarque vaut pour la candidose, c’est-à-dire une infection fongique liée à la macération. Chez l’enfant, on rencontre également le psoriasis en gouttes, caractérisé par de petites plaques de moins d’un centimètre. Il apparaît souvent après une infection de type angine à streptocoque. Ces formes-là ne sont pas forcément prédictives d’une évolution à long terme, contrairement aux autres psoriasis plus classiques, comme le psoriasis du cuir chevelu ou le psoriasis des plis, qu’on appelle aussi le psoriasis inversé. Cette forme-là touche les zones où la peau se replie, comme l’intérieur des coudes ou des genoux, ainsi que les aisselles, l’aine ou sous la poitrine. Ces variantes chroniques que l’on retrouve aussi chez l’adulte, peuvent également se déclarer chez les jeunes enfants.

Une fois le bon diagnostic posé, vous disposez de plusieurs types de traitements. Comment déterminez-vous celui que vous allez utiliser ?

Il existe en effet plusieurs types de traitements et comme chez les adultes, le choix thérapeutique se fait en fonction de plusieurs critères, dont l’âge de l’enfant, la sévérité des symptômes et ses antécédents thérapeutiques. Ainsi, pour traiter le psoriasis des langes, il faut d’abord et avant tout assécher et assainir la peau, d’une part en évitant de laisser le bébé trop longtemps avec des langes souillées. Je conseille d’ailleurs aux parents de laisser les fesses de leur bébé un maximum à l’air. D’autre part, on peut appliquer des pommades à base d’oxyde de zinc pour les nourrissons. En cas de plaques très rouges, des crèmes à base de corticoïdes adaptés, à appliquer pendant quelques jours, peuvent être Les bons gestes pour mieux préserver la peau de votre enfant • Évitez les bains et les douches trop chauds et trop longs • Hydratez régulièrement la peau avec des émollients • Utilisez des produits doux et non irritants • Privilégiez des vêtements en coton • Expliquez qu’il faut éviter le grattage autant que possible • Pour les plus grands: évitez les colorations et les ongles en gel 18 19 indiquées. Dans certaines situations, notamment en cas de psoriasis en gouttes associé à une infection, un traitement antibiotique de 5 à 10 jours peut s’imposer. Pour les formes plus sévères de psoriasis en plaques, d’autres options sont possibles, un peu à l’instar des traitements chez l’adulte, allant de la photothérapie (de préférence pas avant l’âge de 8 ans) aux traitements systémiques comme le méthotrexate (à partir de 4 ans) ou les biothérapies. Ces traitements calment l’activité du système immunitaire et réduisent, voire font disparaître, les symptômes. Une prise en charge précoce permet souvent de mieux contrôler la maladie et de limiter les complications, notamment le risque de maladies associées comme l’arthrite.

Au-delà des traitements, le diagnostic a aussi un impact émotionnel important. Il n’est sans doute pas facile pour les parents d’apprendre que leur enfant souffre de psoriasis. Comment réagissent-ils ?

Les parents sont souvent surpris et inquiets. En général, ils se posent beaucoup de questions et certains culpabilisent. Le premier rôle du dermatologue est dès lors de dédramatiser et de les rassurer. Le psoriasis est une maladie à composante génétique et il n’y a pas de cause unique ni de responsabilité parentale. Et fort heureusement, les traitements actuels permettent de mener une vie normale. J’insiste beaucoup sur cet aspect: il faut absolument que les enfants aient une vie normale. Je conseille donc aux parents de n’exclure aucune activité ni vie sociale. D’emblée, j’explique aussi l’importance d’une bonne hygiène de vie pour l’évolution de la maladie. Puis – et c’est tout aussi essentiel – je prépare à d’éventuelles futures poussées, en expliquant que les crises soudaines peuvent être liées à différents facteurs, comme le stress ou certains changements dans la vie de l’enfant. Les parents – et les enfants – doivent comprendre qu’une rechute n’est pas un échec, ni de leur personne, ni du traitement. Et la piscine, docteur? • La natation est une activité bénéfique, tant pour le corps que pour le bien-être général. Il est également important que votre enfant apprenne à nager et puisse mener une vie normale. • Expliquez-lui que sa maladie n’est pas contagieuse et apprenez-lui des mots simples pour en parler aux autres. • Quelques précautions simples peuvent toutefois être utiles: il convient de bien rincer la peau après la baignade pour éliminer le chlore et de l’hydrater avec un soin émollient.

A ce sujet, vous approchez la maladie de façon holistique, notamment en tenant compte du style de vie ainsi que des aspects mentaux. Est-ce que cette vision globale s’applique aussi chez l’enfant ?

Oui. Je pense qu’il faut mettre l’enfant au centre du traitement et lui apprendre en même temps l’impact d’une bonne hygiène de vie, que ce soit au niveau de l’alimentation ou de l’activité physique, en lui apprenant aussi à s’aérer l’esprit. C’est lui l’acteur principal de sa prise en charge. C’est d’autant plus important à l’adolescence, parce que souvent, à cette période, les enfants ne se sentent pas ou plus concernés.

En même temps, vous apprenez aussi aux enfants les mots pour raconter leur maladie. De fait, et c’est vraiment prioritaire, pour qu’ils comprennent ce qui leur arrive, mais aussi pour qu’ils puissent l’expliquer aux autres. Plus encore que les adultes, les enfants peuvent être sensibles à la critique ou au regard des autres, à l’école ou ailleurs. Cela peut entraîner une baisse de l’estime de soi, voire un isolement. C’est pourquoi il est important d’accompagner l’enfant.

Qu’est-ce que vous leur dites alors ?

J’utilise des termes simples et compréhensibles. Quand je m’adresse aux enfants, je me sers toujours de la même métaphore: je leur explique que la peau est un bouclier, une protection contre les microbes et les petites blessures. Mais avec le psoriasis, elle veut aller trop vite, elle veut trop protéger, en formant des « montagnes » et des « petits volcans » qui apparaissent. Je leur explique aussi que ce n’est pas quelque chose qui se transmet aux autres: il est primordial de leur dire que la maladie n’est pas contagieuse. Et je leur dis que nous allons trouver une solution.

Un dernier mot ?

Le psoriasis chez l’enfant ne doit pas être banalisé. Au-delà des symptômes cutanés, il peut avoir un réel impact sur la qualité de vie et le moral de votre enfant. Un diagnostic précoce, une prise en charge adaptée et un accompagnement global permettent d’améliorer significativement le quotidien, celui de votre enfant, mais aussi celui de votre famille.


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