

Dr's Laura et Elise Vanhoof
Quand le psoriasis touche aussi les articulations
Environ 30% des personnes vivant avec le psoriasis se voient confrontées à l’arthrite psoriasique.1 Cette forme de rhumatisme inflammatoire peut se développer quand le système immunitaire est trop actif. À la ReumaClinic à Genk, les rhumatologues Laura et Elise Vanhoof traitent, comme leur père et cinq autres spécialistes, les patients atteints de cette maladie.
En tant que rhumatologues, vous recevez aussi des patients souffrant d’arthrite psoriasique. De quoi s’agit-il exactement ?
Elise : Comme le psoriasis, c’est une maladie immunitaire chronique qui dérègle le système immunitaire qui est trop actif. Cela entraîne plusieurs réactions inflammatoires pouvant toucher divers organes et parties du corps, notamment les tendons, le dos et les articulations. Les principaux symptômes de l’arthrite psoriasique sont des articulations douloureuses, raides et enflées, ce qui peut, à terme, entraîner des lésions du cartilage et des os. Le psoriasis concerne 2 à 3% de la population et environ 30% de ces personnes développent de l’arthrite psoriasique.2 Celle-ci touche le plus souvent les petites articulations, comme celles des doigts et des orteils. Elle peut aussi affecter des articulations plus grandes comme les chevilles et les genoux ainsi que le dos. Il est important de traiter ces troubles articulaires à temps afin d’éviter des lésions articulaires irréversibles.
Laura : Sauf si leur dermatologue leur a recommandé de nous consulter, les patients ne savent pas toujours que leurs douleurs peuvent être liées au psoriasis. Comme les deux maladies sont étroitement liées, j’examine toujours minutieusement la peau et les ongles pour voir si j’y trouve des signes de psoriasis. Les gens sont parfois surpris, mais c’est indispensable pour établir un diagnostic et déterminer ainsi le traitement le mieux adapté.
Quels sont les traitements qui existent ?
Elise : Pour traiter les douleurs articulaires, on prescrit généralement en premier lieu des anti-inflammatoires sous forme de comprimés et, éventuellement, un traitement local ciblé à la cortisone. Si cela ne suffit pas pour maîtriser l’inflammation et la douleur, on passe à ce que l’on appelle un traitement antirhumatismal de fond, à savoir les DMARD, acronyme de ‘Disease-Modifying Anti-Rheumatic Drugs’.
Laura : Ces traitements agissent sur le corps dans son ensemble, en s’attaquant à la cause sous-jacente de l’inflammation. Ainsi, ils aident à prévenir les lésions articulaires. Les plus couramment utilisés sont le méthotrexate, la sulfasalazine et le léflunomide. Ils calment le système immunitaire, ce qui peut d’ailleurs aussi avoir un impact positif sur les symptômes cutanés. Nous suivons à cet égard le principe du ‘treat-to-target’ : après trois mois, on doit constater une nette amélioration. Si ce n’est pas le cas, nous adaptons le traitement.
C’est-à-dire ?
Elise : Si ceux déjà mentionnés ne donnent pas le résultat escompté, nous pouvons recourir à l’un des traitements systémiques plus avancés. Ces ‘biologicals’, comme on les appelle, s’attaquent à des cellules ou des protéines inflammatoires spécifiques, ce qui leur permet d’agir de manière très ciblée.
Laura : Nous examinons vraiment chaque cas individuellement et discutons en détail avec le patient de l’option la mieux adaptée à sa situation. Un traitement local chez nous ou chez le dermatologue peut par exemple suffire à soulager quelqu’un qui souffre de l’inflammation d’une seule articulation et qui ne présente pas de nombreuses plaques psoriasiques. En revanche, si plusieurs articulations sont touchées ou si le psoriasis est étendu, il est sans doute préférable de passer au méthotrexate.
Elise : Nous tenons également compte des éventuels effets secondaires ainsi que des préférences ou des attentes du patient. En prenant la décision ensemble, nous choisissons un traitement que le patient approuve et qu’il suivra réellement. C’est vraiment crucial, car l’observance thérapeutique est essentielle pour un résultat durable. Nous essayons donc toujours d’expliquer l’objectif du traitement et nous soulignons que celui-ci aide à prévenir des lésions ou des pertes de fonction.
Laura : Parfois, les gens arrêtent leur traitement parce que les symptômes ont disparu. Malheureusement, ils réapparaissent souvent par la suite. Il est donc vraiment essentiel de bien comprendre le fonctionnement du traitement, surtout à long terme. Et il est primordial d’en informer clairement le patient.
Quel est ici le rôle du médecin généraliste ? Et comment collaborez-vous avec d’éventuels autres spécialistes ?
Laura : Nous communiquons systématiquement avec les médecins traitants par le biais du rapport établi après chaque consultation. Nous échangeons aussi facilement avec les généralistes et les autres spécialistes, comme les dermatologues et les gastroentérologues. Et nous coordonnons les traitements des patients que nous prenons conjointement en charge. Cette collaboration est fondamentale, sachant que les maladies sont liées.
Elise : D’autre part, en tant que rhumatologues, nous sommes avant tout des internistes. Nous cherchons donc toujours à savoir si les symptômes ne cachent pas une cause sous-jacente qui nécessiterait d’orienter le patient vers un autre spécialiste.
Suivi et concertation sont donc cruciaux. Qu’en est-il du mode de vie du patient ?
Elise : Il est évident que le mode de vie a son importance. Des études ont par exemple démontré que le surpoids conduit souvent à une inflammation systémique accrue, tout comme le tabagisme. Par ailleurs, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière sont évidemment bénéfiques pour la santé en général. C’est notamment important pour la prévention des maladies cardiovasculaires.
Laura : Je tiens toutefois à souligner qu’un mode de vie sain ne suffit pas à lui seul à maîtriser les symptômes de l’arthrite psoriasique. Un traitement médical reste indispensable. Des contrôles cliniques et biochimiques réguliers sont également recommandés, ainsi que l’évaluation d’éventuelles lésions articulaires - par radiodiagnostic par exemple.
Quelle est l’influence du stress et du climat sur l’arthrite psoriasique ?
Laura : Le stress peut avoir un impact, bien qu’il soit difficile de le mesurer avec précision. Le climat influe surtout sur la douleur en cas de lésions articulaires existantes, mais pas sur l’activité de la maladie elle-même. En général, les patients se sentent mieux quand il fait chaud et sec plutôt que dans des environnements humides et froids.
Imaginons qu’on m’annonce que je souffre d’arthrite psoriasique. Que se passe-t-il concrètement ?
Elise : On vous donnera des explications détaillées sur la maladie, les options thérapeutiques et l’objectif du traitement. Ensuite et le cas échéant, nos infirmiers spécialisés en rhumatologie vous aideront à mettre en place un traitement systémique, c’est-à-dire une thérapie qui agit sur le système immunitaire plutôt que de traiter les symptômes localisés. Vous recevrez également des informations écrites, pour pouvoir les consulter par la suite. La quantité d’information peut paraître énorme, au moment du diagnostic. Après, vous reviendrez nous voir pour le suivi, généralement dans les trois mois. Dans l’intervalle, vous apprendrez à surveiller les éventuels effets secondaires et les signes d’inflammation : douleur, gonflement, rougeur et chaleur. La règle à suivre est de nous appeler en cas de gonflement ; les patients ne doivent donc pas hésiter à nous contacter entre deux rendez-vous. Il vaut aussi mieux qu’ils nous consultent s’ils rencontrent des effets indésirables ou s’ils doivent, par exemple, prendre des antibiotiques, subir une intervention chirurgicale ou se faire vacciner.
Laura : Nous suivons nos patients de très près, nous voulons vraiment être disponibles en cas de questions ou de problèmes, de façon assez directe et accessible. Contribuer à leur santé est une grande responsabilité, mais c’est fantastique. Ce souci du bien des autres nous a été inculqué dès notre plus jeune âge. Et notre spécialité, la rhumatologie, nous permet de nouer des relations durables avec nos patients et de continuer à prendre soin d’eux. C’est très gratifiant. Pour chaque patient, vous vous demandez ce qui compte pour lui en tant qu’individu, ce qu’il souhaite pouvoir faire au quotidien, que ce soit au travail ou dans ses loisirs, et vous tâchez d’atteindre cet objectif ensemble. Je dis parfois que nous sommes en quelque sorte les médecins traitants des articulations. Nous examinons vos articulations de près, mais si nécessaire, nous allons plus loin jusqu’à ce que nous ayons totalement résolu votre problème.
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